27 mai 2010
Il faut tourner la page...
Il faut tourner la page
Changer de paysage
Le pied sur une berge
Vierge
Il faut tourner la page
Toucher l'autre rivage
Littoral inconnu
Nu
Et là, enlacer l'arbre
La colonne de marbre
Qui fuse dans le ciel
Tel
Que tu quittes la terre
Vers un point solitaire
Constellé de pluriel
Il faut tourner la page...
Redevenir tout simple
Comme ces âmes saintes
Qui disent dans leurs yeux
Mieux
Que toutes les facondes
Des redresseurs de monde
Des faussaires de Dieu
Il faut tourner la page
Jeter le vieux cahier
Le vieux cahier des charges
Oh yeah
Il faut faire silence
Traversé d'une lance
Qui fait saigner un sang
Blanc
Il faut tourner la page
Aborder le rivage
Où rien ne fait semblant
Saluer le mystère
Sourire
Et puis se taire.
(Chanson de Claude Nougaro)
09 avril 2010
Vous avez dit « papophobie » ?
Il y a de la pertinence dans cette chronique, lue dans le journal Le Monde. J'en approuve d'autant plus le contenu que je suis de confession catholique et que j'ai été gêné – le terme est faible – par certaines défenses faites ici, sur notre site, de l'institution qu'est l'Église à laquelle j'appartiens, certains au nom de ce qu'elle représente dans l'histoire de France – comme s'il n'y avait pas dans ce qu'est devenue cette institution les éléments de sa propre faillite, les éléments de ce qui la distancie de plus en plus de la société actuelle –, ou par la déviation du débat ou du problème mis à jour, à partir du constat de l'existence de « désirs » chez les enfants et les adolescents. Car, même si l'on peut considérer que l'émotion que provoquent les affaires qui secouent l'Église catholique est indissociable de l'évolution du contexte concernant la condamnation de la pédophilie, peut-on inscrire sur le même registre les écrits de Nabokov dans Lolita ou ceux de Roger Peyrefitte dans Les Amitiés particulières et des actes qui ne sont pas de la fiction, perpétrés par des adultes dépositaires d'une autorité morale et légale à l'encontre d'enfants ou d'adolescents qui en ont été les victimes et qui, en tant que telles, font part de leurs plaintes ? Or, s'il ne s'agit pour moi de « crier avec les loups », force est bien de pointer du doigt ce qui est matière à scandale et à réflexion et – oui, j'ose l'écrire – de condamner, quoique certains sur ce site aient pu estimer qu'il ne fallait pas se hâter de le faire et qu'il fallait « garder raison ».
Voici donc, ci-après, la chronique de Caroline Fourest.
« Il y a des réflexes que l'on trouve dans toutes les religions. À peine le couvercle sur les affaires de prêtres pédophiles est-il soulevé que certains voudraient déjà le refermer. Débattre des faillites du chef de l'Église relèverait de l'acharnement, voire d'une forme de racisme envers le pape. À travers lui, tous les catholiques se sentiraient attaqués...
C'est ce qu'a déclaré Christine Boutin. Son raisonnement rappelle étrangement ceux qui voulaient interdire les caricatures sur Mahomet. Exactement comme le mot "islamophobie" - qui sert à faire passer tout esprit critique envers l'intégrisme musulman pour du racisme -, le mot "papophobie" vient d'être forgé pour intimider. Comme pour l'affaire des caricatures, cette intimidation doit être refusée, et le débat mené.
Oui, Benoît XVI a le mérite incontestable d'avoir soulevé le couvercle et d'avoir condamné ces crimes comme étant "abominables". Non, il n'est pas injuste de rappeler sa propre responsabilité dans le fait d'avoir enterré ces plaintes quand il était préfet de la Congrégation de la doctrine de la foi. Dès 1978, la curie a reçu des signalements émanant des victimes du fondateur des Légionnaires du Christ, un courant particulièrement intégriste. Jean Paul II pouvait-il ignorer les abus sexuels pratiqués en sein de ces Légionnaires ? Impressionné par leur prosélytisme en Amérique latine, le pape estimait visiblement que la lutte contre le communisme valait bien de fermer les yeux. Son préfet, le cardinal Ratzinger, a dû étouffer les cris des victimes dans un tiroir.
La politique du silence est allée bien plus loin, comme le révèle le nombre de victimes de prêtres pédophiles signalées dans le monde entier. Dix mille victimes ne serait-ce qu'aux États-Unis, selon un rapport officiel de l'Église. Cent mille, selon les associations des victimes. Comment expliquer une telle ampleur ? Par la technique de la "tournante".
Il ne vient pas d'autre mot après avoir vu le documentaire d'Amy Berg, Délivrez-nous du mal. Le film donne la parole au prêtre Oliver O'Grady, auteur de dizaines de viols dans l'État de Californie, et à ses victimes. Plusieurs d'entre elles ont dénoncé ce qu'elles subissaient à son supérieur, le cardinal Roger Mahony. Il a demandé aux familles de se taire, pour ne pas salir l'image de l'Église. Avant de muter le Père O'Grady de paroisse en paroisse, dans un rayon de 80 km, où il a pu continuer à violer. L'une des victimes rapporte une réponse terrifiante de la part du cardinal qu'elle avait alerté : "Il m'a dit : "Nous savions que tu étais abusée, mais tu étais une fille. Si tu avais été un garçon, ça aurait été scandaleux.""
Statut asexué et sacralisé
Cette confession en dit long sur la confusion qui règne au sommet de l'Église, décidément incapable de faire la différence entre pédophilie et homosexualité. L'une des solutions imaginées, au lendemain des scandales aux États-Unis, a d'ailleurs été d'interdire les séminaires aux candidats manifestant une orientation homosexuelle. Lors de son séjour sur place, Benoît XVI a également évoqué la piste de la pornographie à la télévision... L'homosexualité et les films X seraient donc responsables du nombre élevé de pédophiles au sein de l'Église ?
Et si l'Église acceptait enfin de se poser les bonnes questions ? Le célibat, pas plus que l'homosexualité ou l'hétérosexualité, ne mène à la pédophilie. En revanche, ce célibat, associé à un discours confus et terriblement culpabilisateur sur la sexualité, favorise l'immaturité sexuelle des serviteurs de l'Église... Que l'on envoie ensuite au contact d'enfants.
Le fait qu'ils aient un statut à la fois asexué et sacralisé favorise l'abus de pouvoir, en même temps qu'il anesthésie la vigilance des familles. Il faudra bien que l'Église regarde en face ce cercle infernal. Qu'elle accepte d'en tirer d'autres leçons que l'autoflagellation... Si elle veut sincèrement cesser d'être la seconde institution – après la famille – à produire des agresseurs d'enfants. »
Caroline FOUREST
Article paru dans l'édition du Monde datée du 10/04/2010
23 mars 2010
France, les derniers utopistes
Quittant son poste de correspondant à Paris du Temps le grand quotidien genevois, Sylvain Besson livre ce long texte en témoignage de la période qu'il a passée dans la capitale française. Le regard du voisin étranger, plus ou moins proche, est, me semble-t-il, toujours instructif pour se connaître soi-même. Ici, en l'occurrence, il est de nombreuses analyses que je partage. C'est pourquoi je reproduis ci-après l'article du journaliste.
« Le village gaulois existe encore, dans les têtes et dans les sondages. En novembre 2009, pour les vingt ans de la chute du mur de Berlin, la BBC a demandé aux habitants de 27 pays leur jugement sur le capitalisme. Comme presque toujours dans ce genre d’enquête, la France est sortie du lot : 43 % des personnes interrogées y répondaient que « le capitalisme est fondamentalement vicié, il faut un système économique différent ».
Dans le monde, seul le Mexique, avec 38 %, approchait ce score. En Europe occidentale, 29 % des Espagnols – autres grands sceptiques sur les vertus du marché – jugent le capitalisme « fondamentalement vicié », et à peine 8 % des Allemands.
Ce n’est pas tout : en plus de rejeter le modèle économique dominant, les Français sont aussi le peuple le plus critique sur sa propre organisation sociale. En septembre 2009, dans un autre sondage de la BBC, 84 % d’entre eux affirmaient que la richesse était répartie injustement dans leur pays, un résultat sans équivalent sur la planète.
Malgré bientôt trois ans de sarkozysme, l’exception française demeure bien vivante. Le dirigeant du plus grand syndicat du pays, Bernard Thibault de la CGT, reste encarté au Parti communiste. La principale formation de gauche, le Parti socialiste, continue de revendiquer l’héritage des communards qui voulurent renverser l’État et brûler les monuments de Paris en 1871. Le président de la République se réclame toujours d’un document de 1944, le programme du Conseil national de la Résistance, qui prévoit « une organisation rationnelle de l’économie, assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général ».
Toute l’incompréhension française face au libéralisme est là. L’interaction spontanée des acteurs économiques n’est pas vue comme bénéfique pour la prospérité collective, mais comme un égoïsme fauteur de désordre, qu’il faut réprimer ou au moins dépasser. C’est l’esprit du jardin à la française : l’homme doit ordonner la nature, à la façon d’un Le Nôtre traçant des perspectives rectilignes dans la végétation des forêts royales. Le 4 décembre dernier, lors d’un colloque à l’École militaire de Paris, le premier ministre François Fillon a érigé cette propension à mêler « l’esprit de géométrie avec le sens de l’utopie » en trait constitutif de « l’identité nationale ».
Dans cette optique, il ne peut y avoir d’ordre naturellement juste, seulement des situations imparfaites qui peuvent être améliorées – à condition de le vouloir. C’est le fameux « volontarisme », dont tous les candidats à la présidence doivent se réclamer pour être élus.
Nicolas Sarkozy en a d’ailleurs fait sa marque de fabrique. Selon son conseiller spécial, Henri Guaino, c’est dans ce sens qu’il faut comprendre sa promesse de « rupture » : « La politique peut changer beaucoup de choses, elle n’est pas seulement un art de gestion dicté par le fatalisme économique. La politique, c’est l’expression de la volonté de maîtriser notre destin, opposée à tous les déterminismes, dont le plus insupportable aujourd’hui est peut-être celui des marchés. Dresser la volonté humaine contre les déterminismes, c’est l’idéal des Lumières. »
Chez les voisins d’Europe du Nord, qui se considèrent comme plus pragmatiques et performants, cette prétention française à dompter le chaos est source d’infinis sarcasmes. Dans le domaine économique, on y voit une preuve de naïveté, d’archaïsme, d’ignorance face à la globalisation.
Mais il y a une autre manière de voir ce trait de caractère : comme une soif inassouvie d’utopie, une recherche d’alternative à un système dont on sait qu’il ne peut être le dernier mot de l’histoire humaine. Un refus orgueilleux, aussi, des évidences du monde.
« C’est quelque chose que j’apprécierais plutôt chez les Français, commente Dominique Bourg, figure française de la pensée écologique, qui enseigne à l’Université de Lausanne. D’une certaine façon, je préfère cette constante de râleur international à la façon dont beaucoup de peuples se sont couchés devant un système où 2 % de la population mondiale possède 50 % des richesses, et où 50 % se partagent 1 %. »
Même assourdis, les échos de cette quête d’absolu continuent de traverser la classe politique. On l’a vu le week-end dernier, au premier tour des élections régionales, lorsque Martine Aubry du PS et Cécile Duflot des Verts ont souhaité l’avènement d’une « société plus douce ».
Derrière ces discours idéalistes, il y a, selon Dominique Bourg, « un élan religieux qui vient du christianisme ». Dans un essai paru en 2006, Fragments d’un discours réformiste (Éd. de L’Aube), le socialiste Laurent Baumel en a retracé la filiation. Depuis la Révolution, qui voulait remplacer le Dieu de la Bible par l’Être suprême, en passant par la croyance marxiste dans un avenir rendu radieux par la science et l’émancipation des travailleurs, « la foi dans des lendemains meilleurs, l’engagement passionné au service du progrès social se sont présentés comme des substituts nécessaires et possibles à la foi dans le salut de l’âme ». La politique française demeure infusée d’une aspiration surnaturelle au paradis sur terre.
Voilà qui explique le foisonnement de groupuscules communistes dans les grandes manifestations, ou le fait que la gauche radicale recueille encore plus de 10 % des voix aux élections. Aberrantes vues de l’étranger, ces spécificités françaises ont le mérite, selon Laurent Baumel, d’empêcher que la politique ne se réduise à une simple alternance gestionnaire, entre réformisme de centre droit et réformisme de centre gauche. Mais l’effondrement de l’Union soviétique, et le discrédit plus global des espérances révolutionnaires, a laissé son pays orphelin. Ou, comme il le dit, en proie à une « déprime post-messianique ».
Tout le problème, bien sûr, est de savoir quel serait le contenu d’une alternative française au capitalisme dominant. Les trois chocs fondateurs du sarkozysme – Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, le rejet de la Constitution européenne et les émeutes des banlieues en 2005 – ont accrédité l’idée d’un ébranlement irrémédiable du « modèle républicain » traditionnel. Son postulat central, le mythe d’une nation communiant dans la « passion de l’égalité » est démenti par les faits : fossé grandissant entre élites diplômées, qui s’auto-reproduisent, et lumpenprolétariat de travailleurs pauvres ; régime pyramidal où le peuple vote peu et décide peu ; ségrégation des quartiers HLM dont les noms – cité des Poètes, des Musiciens, Pablo-Picasso... – apparaissent comme autant d’appellations mensongères, plaquées sur une réalité laide.
Le plus formidable de ces contresens français reste celui d’un pays qui peste volontiers contre la « dictature des marchés » – un mot des altermondialistes d’Attac, repris par Nicolas Sarkozy –, tout en dépendant d’eux depuis trente ans pour financer ses dépenses courantes, au point d’accumuler une dette de 1 400 milliards d’euros (plus de 2 000 milliards de francs [suisses]).
Devant tant de contradictions, on comprend que les radicaux d’aujourd’hui se soient réfugiés dans les bois, ou dans des villages du Massif central, où de petites communautés réapprennent le travail de la terre. À l’instar du groupe de Tarnac, accusé par les autorités de sabotage de lignes TGV, et dont le livre L’insurrection qui vient a connu un succès quasi planétaire. Mais cette contestation par le mode de vie vise à fuir le monde, faute de pouvoir le changer. « C’est plus raisonnable, juge Dominique Bourg, on ne pense plus que la Jérusalem céleste va descendre sur terre. »
Dans la sphère intellectuelle, la quête d’alternatives tourne à vide. Le plus en vogue des philosophes français du moment, le communiste Alain Badiou, 73 ans, est sans doute le dernier à proposer un changement radical de système par la révolution. Et même si son éditeur, La Fabrique, est aussi celui de L’insurrection qui vient, lui semble peu goûter la frugalité de la vie à la ferme et des potagers cultivés à la main. « C’est typique de la gauche française, estime Dominique Bourg. Badiou rêve de la révolution mais vit pépère, comme un fonctionnaire de l’État » (il enseigne à l’École normale supérieure).
Selon le professeur lausannois, « même l’hypergauche ne croit plus aux lendemains qui chantent » et les intellectuels radicaux « se réfugient dans une sorte de nihilisme ludique ». Cette tendance s’est manifestée dans le saccage des vitrines et du mobilier urbain de Poitiers par un collectif anti-carcéral, en octobre, ou dans les coupures sauvages d’électricité pratiquées à l’occasion d’une grève chez EDF, en avril. Dans tout cela, on cherche en vain une école de pensée, ou une personnalité capable de structurer un projet de civilisation différent.
La France étant ce qu’elle est – insatisfaite, dissidente à l’ordre établi, en pensée sinon en actes – il y a fort à parier que d’autres, quelque part, continuent de chercher. L’idéal des Lumières, « le progrès par la liberté de la raison » garde son actualité, écrivait le philosophe Marcel Gauchet en 2008 dans sa revue Le Débat. Avec la crise financière, et le discrédit au moins partiel du libéralisme, la vieille utopie française d’une humanité prenant en main son destin, pour inventer une société meilleure, peut retrouver sa raison d’être. À condition de lui donner un contenu qui soit autre chose qu’un pâle reflet des illusions du passé. »
Article rédigé par Sylvain Besson, Le Temps, 22 mars 2010
22 mars 2010
Second tour des élections régionales : analyse en quelques vracs
• Silence
Le silence des urnes demeure le grand vainqueur de ce second tour de scrutin car, si l’abstention a régressé par rapport au dimanche 14 mars, elle atteint 48,75 %, ce qui est un record pour des élections régionales ; d’autre part, 4,56 % des votants (soit 2,33 % des inscrits) ont mis un bulletin blanc ou nul. C’est donc plus de la moitié du corps électoral qui ne s’est exprimée pour aucune des listes en présence.
• Victoire incontestable de la gauche, mais…
Avec 54,31 % des suffrages exprimés, l’ensemble des listes de gauche obtient un succès indéniable, supérieur à celui de 2004 dans les 25 régions où l’on a voté au deuxième tour (50,32 %). Mais ces listes ne recueillent que 26,37 % des voix des électeurs inscrits (contre 31,74 % en 2004) et perdent 1,6 million de voix. Les conseils régionaux sont rééquilibrés en faveur des écologistes. Parfois, ces derniers ont voulu être trop gourmands, comme en Bretagne où Guy Hascoët a refusé la proposition de Jean-Yves Le Drian, président socialiste du Conseil régional sortant, de disposer de 10 à 11 places en position éligible (Europe Écologie en revendiquait 14 ou 15). Finalement, ayant fait liste séparée, Europe Écologie aura 11 sièges compte tenu des résultats obtenus au second tour.
• Où l'on pense déjà trop à la présidentielle de 2012
Ségolène Royal, triomphalement réélue en Poitou-Charentes avec 60,61 % des voix, a une fois encore « grillé la politesse » à Martine Aubry pour être sur le devant de la scène médiatique dimanche soir. Cependant, Martin Malvy ayant fait mieux en Midi-Pyrénées avec 67,77 %, elle n'est plus reine. Les vieux démons de la division et de la concurrence des ego auront-ils raison des quelques espoirs mis en une recomposition sérieuse de la gauche et de la rédaction d'un projet porteur et crédible ? Comme il faut aussi gagner les élections cantonales et sénatoriales de 2011, on peut penser que chacun fourbira ses couteaux et limera ses dents jusque là...
• Chères Antilles...
La liste divers gauche conduite par le président du Parti progressiste martiniquais (fondé par Aimé Césaire), Serge Letchimy, député-maire (apparenté socialiste) de Fort-de-France, l'emporte sur celle du président sortant du Conseil régional, le député indépendantiste Alfred Marie-Jeanne, avec 48,32 % des voix contre 41,05 %. La liste de l'UMP n'obtient que 10,63 % des voix. Je rappelle que la Guadeloupe avait été la seule région à avoir donné la victoire à une liste dès le premier tour, celle du député socialiste Victorin Lurel. Les résultats de la droite sont donc contrastés, d'une région d'outre-mer à l'autre.
• Progression du FN : oui, mais…
Avec 9,21 % des suffrages exprimés au second tour, les résultats du Front national surprennent. Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à « siphonner » le parti d’extrême droite. Dans les 12 régions où les listes du FN étaient présentes, elles obtiennent une moyenne de 17,82 % des voix et progressent de 500 000 suffrages d’un tour à l’autre. Les résultats sont supérieurs à ceux de 2004 dans 4 régions (Nord-Pas-de-Calais, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon, Picardie), mais sont en retrait dans les 8 autres. Et, finalement, 118 membres du Front national siègeront dans les conseils régionaux de 2010 à 2014, contre 156 de 2004 à 2010.
• Déroute de la droite
Les listes de la majorité présidentielle gagnent dans 3 régions sur 26 seulement. Le conseil régional de la Réunion est acquis grâce aux divisions de la gauche (les deux listes de gauche en présence ayant obtenu un total de 54,5 % des suffrages exprimés) et celui de la Guyane grâce au retournement de veste du maire de Cayenne, tête de liste pour l’UMP, exclu du parti socialiste guyanais pour s’être rallié à Nicolas Sarkozy. Les listes de gauche sont en tête dans 92 départements sur 100.
• Éléments de langage
Force était aux dirigeants de la majorité présidentielle de reconnaître leur déroute hier soir et d’éviter, autant que faire se pouvait, la langue de bois dur. Il est vrai que les 22 ministres en compétition à ces élections régionales ont tous échoué, la palme revenant à Marie-Luce Penchard (battue au premier tour avec 14,01 % des voix en Guadeloupe), à Valérie Létard (25,91 % dans le Nord-Pas-de-Calais au second tour) et à Xavier Darcos (28,01 % au second tour en Aquitaine). On soulignera aussi la performance de Brice Hortefeux, tête de liste dans le Puy-de-Dôme : avec 34,94 % des suffrages exprimés, sa liste (dont le résultat est en recul de 10 points par rapport aux élections de 2004) est devancée de plus de 30 points par la liste d’union de la gauche (65,06 %).
• Battus dans leurs fiefs
Les autres ministres ou dirigeants de la majorité présidentielle se devaient aussi de faire profil bas compte tenu des résultats obtenus dans leurs propres fiefs, villes dont ils sont maire ou adjoint-au-maire. Les listes de gauche devancent ainsi celle de l’UMP à Saint-Quentin (Xavier Bertrand), Antony (Patrick Devedjian), Longjumeau (Nathalie Kosciusco-Morizet), Meaux (Jean-François Copé), Montereau-Fault-Yonne (Yves Jégo), Issy-les-Moulineaux (André Santini), Le Puy-en-Velay (Laurent Wauquiez), Chaumont (Luc Chatel), Mulhouse (Jean-Marie Bockel), Châlons-en-Champagne (Benoist Apparu) ou encore à Donzère (Éric Besson) où le FN obtient 23,90 % des voix.
• Réaménagement « technique »
En réponse à une « maxi-défaite », le président de la République répond par un mini-remaniement ministériel. Il s’agit de consolider la majorité présidentielle en faisant entrer un chiraquien pur sucre et un villepiniste notoire. Xavier Darcos est sacrifié car trop illégitime, après son échec en Aquitaine, pour mener à bien le projet de réforme des retraites. Martin Hirsch quitte la galère gouvernementale… en attendant que d’autres traitres « de gauche » soient évincés au prochain remaniement, l’ouverture ne ramenant aucun électeur de gauche mais faisant fuir l’électorat traditionnel de la droite.
Les analystes politiques n’ont pas encore insisté sur le nouveau recul de la parité : sur les 41 membres du gouvernement, il n’y a que 14 femmes, dont 9 n’occupent que des postes de secrétaire d’État.
15 mars 2010
Premier tour des élections régionales (II) : analyse de l'abstention
L’abstention est le phénomène le plus marquant du 1er tour des élections régionales. Elle progresse de 14,48 points de pourcentage, passant de 39,16 % en 2004 à 53,64 % en 2010. Le record de 1998 est largement battu.
À la différence des précédentes élections régionales, celles de 2010 n’étaient pas couplées à d’autres élections (législatives en 1986, cantonales en 1992, 1998 et 2004). Assurément, cette collectivité territoriale, de création récente (1982), aux compétences et aux moyens financiers encore limités, n’a pas encore la notoriété suffisante pour que les électeurs s’y investissent sur les plans affectif et politique.
Mais la progression de l’abstention a aussi une autre explication sociale et politique. Elle s’inscrit dans une tendance longue, momentanément interrompue par l’élection présidentielle de 2007. En effet, les élections législatives de 2007, municipales et cantonales de 2008, puis européennes de 2009, avaient été caractérisées par des records d’abstention les concernant. La désaffection du corps électoral doit interroger les hommes et les femmes politiques sur leurs engagements non respectés, sur leurs pratiques, sur leurs manières de faire, sur la nature des débats électoraux aussi. Comment faire surgir et présenter des projets qui reçoivent l’adhésion ? Comment impliquer les citoyens dans l’action démocratique ? Comment agir pour éviter que les citoyens aillent de désillusions en désillusions, dans un contexte de crise sociale qui dure depuis plus de 30 ans ?
Au-delà, le contexte politique immédiat n’a fait que renforcer l’abstention. La forte participation à l’élection présidentielle de 2007 était en grande partie liée à ce que les Français voulaient tourner la page douloureuse du premier tour de celle de 2002. Et le vainqueur, Nicolas Sarkozy, s’était présenté comme voulant réhabiliter l’action politique contre le renoncement et le fatalisme, tandis que son opposante du second tour avait proposé la démocratie participative. Ce faisant, en intégrant dans son discours et son projet une partie des thèmes de l’extrême droite sur l’ordre, la sécurité, la valeur travail, l’immigration et l’identité nationale, Nicolas Sarkozy avait permis à la droite républicaine de récupérer une partie décisive de l’électorat du Front National.
Force est de constater que le bilan économique et social désastreux du président de la République et de son gouvernement, sur fond de récession économique internationale, a rapidement déçu la partie de l’électorat populaire qui s’était rangée derrière lui en 2007.
Mais, comme le montrent les chiffres ci-dessous, l’abstention ne concerne pas seulement cet électorat.
Résultats en nombre de voix et en % des inscrits en 2004
Nombre d’inscrits au 1er tour : 41 835 232.
• Listes d’extrême gauche : 1 199 229 (2,87 %)
• Listes de la gauche de gouvernement : 9 737 861 (23,28 %)
• Listes de la droite de gouvernement : 8 358 954 (19,98 %)
• Listes d’extrême droite : 3 913 325 (9,35 %)
• Autres listes : 1 041 268 (2,49 %)
N.B. : l’UDF ayant fait alliance avec l’UMP soit au 1er, soit au second tour, j’ai inclus ses suffrages dans ceux de la droite de gouvernement.
Résultats en nombre de voix et en % des inscrits en 2010
Nombre d’inscrits au 1er tour : 43 640 059.
• Listes d’extrême gauche : 662 199 (1,52 %)
• Listes de la gauche de gouvernement : 9 778 826 (22,41 %)
• Listes de la droite de gouvernement : 5 307 979 (12,16 %)
• Listes d’extrême droite : 2 397 043 (5,49 %)
• Autres listes : 1 330 134 (3,05 %)
(N.B. : les listes du MoDem sont incluses dans les « autres listes »)
Les atermoiements et le repli identitaire de l’extrême gauche en font, en proportion de son électorat de 2004, la principale perdante du 1er tour des élections régionales de 2010. C’est elle qui est principalement affectée par l’abstention. Elle perd près de la moitié de ses électeurs (44,78 % exactement), passant de 1 199 229 voix en 2004 à 662 199 voix en 2010.
L’extrême droite (FN et divers extrême droite) perd 38,75 % de son électorat, passant de 3 913 325 voix à 2 397 043 voix. Il faut donc relativiser sa remontée par rapport aux élections de 2007, 2008 et 2009. Le Front National continue de peser, mais c’est parce que son score relatif en suffrages exprimés est plus élevé qu’attendu eu égard à la déperdition des voix de la partie extrême de la droite de gouvernement (report sur le FN de voix d’une partie des électeurs du MPF et des chasseurs) et de celles de l’extrême gauche. Cependant, en 2010, la carte de l'abstention (nonobstant Paris et les parties ouest de l'Île-de-France) coïncide assez précisément avec celle des meilleurs scores du Front National : de là à considérer qu'il reste à ce dernier une marge de reconquête, il y a un pas qui pourrait être franchi si, d'aventure, la droite de gouvernement persistait dans le double écueil d'une politique sociale défavorisant les exclus et les plus démunis et d'une légitimation des thèses de l'extrême droite.
La droite de gouvernement (constellation UMP, Nouveau Centre, divers droite) perd 36,5 % de son électorat, passant de 8 358 954 voix en 2004 à 5 307 979 voix en 2010. C’est la plus forte perte en valeur absolue. La déception à l’égard des résultats de la politique du gouvernement, d’un style de présidence, et le refus de l’ « ouverture » y sont sans doute pour beaucoup.
La gauche de gouvernement (PS et ses alliés du PRG et du MRC, Europe Écologie, Front de Gauche et divers gauche) est stable. Elle ne gagne que 41 000 voix, mais, compte tenu de l’accroissement numérique du corps électoral, passe de 23,28 % des inscrits en 2004 à 22,41 % en 2010. Sa réussite relative tient à ce qu’elle a mieux su mobiliser son électorat grâce à son discours plus combatif, au bilan de son action dans les conseils régionaux et à ses recompositions politiques. Contrairement à ce que les dirigeants de l’UMP proclamaient en cœur lors de la soirée électorale d’hier, selon une leçon dûment apprise, l’abstention n’a pas été un défi lié au bilan des majorités de la gauche de gouvernement dirigeant 23 des 26 régions françaises (la droite dirigeant l’Alsace et la Corse, les indépendantistes dirigeant la Martinique).
À partir des chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur, j’ai effectué des calculs. Dans ces 23 régions, les listes représentant les majorités de gauche sortantes ont obtenu 9 468 494 voix en 2010 (soit 22,61 % des électeurs inscrits) contre 9 469 924 voix en 2004 (soit 23,56 % des inscrits). En revanche, dans ces mêmes 23 régions, les listes de la droite de gouvernement (divers droite inclus) ont obtenu 5 073 498 voix en 2010 (soit 12,12 % des inscrits) contre 8 061 970 voix en 2004 (soit 20,05 % des inscrits).
Premier tour des élections régionales (I) : mon analyse des rapports de force
Totalisation nationale, régions d’outre-mer comprises (chiffres du ministère de l’Intérieur)
Abstentions : 53,64 % des inscrits
RÉPARTITION DES SUFFRAGES EXPRIMÉS
• Listes d’extrême gauche : 3,40 %
• Listes du Front de Gauche : 5,84 %
• Listes conduites par le Parti socialiste : 29,14 %
• Listes divers gauche : 3,05 %
• Listes des Verts-Europe Écologie : 12,18 %
• Autres listes : 1,88 %
• Listes du Mouvement Démocrate : 4,20 %
• Listes de la majorité présidentielle : 26,02 %
• Listes divers droite : 1,24 %
• Listes du Front National : 11,42 %
• Autres listes d’extrême droite : 0,89 %
Concernant l’abstention record, je développe mon analyse ci-après, dans un deuxième article.
Les résultats en pourcentage des suffrages exprimés indiquent un rapport de force très largement favorable à la gauche. L’ensemble de la gauche et de l’extrême gauche obtient 53,61 % des voix, contre 39,57 % à l’ensemble de la droite et de l’extrême droite. En 2004, le rapport était inverse (45,1 % pour l’ensemble de la gauche et de l’extrême gauche et 50,61 % pour l’ensemble de la droite et de l’extrême droite). Il s’agit là d’un basculement inédit depuis le milieu des années 1980.
Les listes de la gauche de gouvernement obtiennent la majorité absolue au 1er tour (50,21 %), celles de la droite de gouvernement sont laminées, avec le plus faible score jamais obtenu sous la Ve République (donc depuis plus d’un demi-siècle), soit 27,26 % des voix.
L’alliance des partis de la majorité présidentielle, formée autour d’une UMP hégémonique à droite, n’obtient que 26 % des voix : elle est devancée par les listes conduites par le PS, qui obtiennent 29,1 % des voix.
Je suis satisfait de ces rapports de force : le PS, pour lequel j’ai voté, retrouve une position éminente. Europe Écologie progresse fortement sans retrouver son pourcentage des élections européennes de 2009, le Front de Gauche progresse aussi et distance le NPA et plus généralement l’extrême gauche. Il y a de quoi lever l’hypothèque des alliances avec le MoDem (si ce dernier soutient les projets de la gauche, acceptons de l’accueillir, mais seulement à cette condition de clarification), et de quoi reconstruire la gauche avec un parti social-démocrate majoritaire mais pas dominant.
Mais beaucoup reste à faire. Le second tour est une nouvelle série d’élections à gagner. Et la gauche doit faire des régions des laboratoires et proposer un ou des projets à la fois alternatifs et crédibles.
La permanence d'un vote élevé en faveur de l'extrême droite, celui des classes moyennes traditionnelles en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, celui plus populaire du nord et de l'est de la France, ne lasse pas d'inquiéter. Dans ce dernier cas, il montre qu'à ne pas s'attaquer au problème du chômage et de la dévitalisation économique de certaines régions, à ne pas s'attaquer au problème de l'exclusion sociale, le président Sarkozy échoue dans son objectif de rallier une grande partie de l'électorat frontiste aux partis de gouvernement. Et puis, à vouloir jouer avec le feu des sentiments xénophobes, l'UMP s'est non seulement brûlée les doigts mais a aussi légitimé les instincts de repli sur soi et de rejet de l'autre. C'est l'effet boomerang qui conduit certains électeurs à préférer l'original à la copie. En outre, alors que le Front National peut se maintenir – et se maintiendra – au second tour dans 12 régions, obérant d'autant les chances de la majorité présidentielle de reprendre la partie (comme on dit au pocker), l'extrême gauche n'est pas en mesure d'être au PS ce que l'extrême droite était jusqu'alors à la droite sur le plan électoral.
Enfin, j’avoue être satisfait des résultats du 1er tour dans les deux régions monodépartementales antillaises.
La large victoire de la liste socialiste conduite par Victorin Lurel en Guadeloupe (56,51 % des voix) s’accompagne d’une progression de la participation par rapport au 1er tour de 2004. En outre la liste de l’UMP est dans les choux (14,01 %), ce qui laisse mal augurer du sort de Marie-Luce Penchard, la ministre déléguée à l’outre-mer, fille de Lucette Michaux-Chevry. Le mouvement social de l’an dernier n’a pas profité à l’extrême gauche, ce dont je me félicite.
En Martinique, l’UMP recule aussi, n’obtenant que 10,49 % des voix. Avec 32,16 % des suffrages exprimés, le Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM), qui dirige le conseil régional depuis 2004 sous la présidence du député Alfred Marie-Jeanne, est devancé par la liste du Parti progressiste martiniquais (PPM) conduite par le député-maire (apparenté socialiste) de Fort-de-France, Serge Letchimy, qui recueille 40 % des voix. Bien que l’issue du second tour soit encore incertaine, la gauche réaliste, qui souhaite une plus grande autonomie dans l’attachement à la France, pourrait ravir le conseil régional dimanche 21 mars.
13 mars 2010
Jean Ferrat : épilogue
Mon premier contact avec Jean Ferrat fut ce disque 45 tours de quatre chansons que mes parents ne cessaient d'écouter... Ainsi, avec Nuit et brouillard, j'appris très tôt une page de l'histoire – sans d'ailleurs savoir, à l'âge que j'avais alors, que Tenenbaum était le vrai patronyme de Jean Ferrat, dont le père était mort déporté à Auschwitz – et avec C'est beau la vie je découvris un hymne et un superbe gage d'amitié offert à Isabelle Aubret, qui avait eu un grave accident de voiture.
À Brassens était un hommage à l'autre grand chanteur français dont je fis progressivement la connaissance. Nous dormirons ensemble me marqua à tel point qu'un certain K s'en souvient sans doute encore... ;-)
On a tout dit ou presque, depuis cette fin d'après-midi, sur l'engagement de Ferrat (Ma France m'émeut toujours autant, et, socialiste, j'ai répété maintes fois les paroles de J'imagine), son amour des poètes qui l'a fait rendre hommage à Llorca et chanté Aragon. Car c'est par Ferrat que, adolescent, je découvris les poèmes d'Aragon et eus envie d'aller plus loin, de lire aussi ses romans. À la différence d'Aragon, Ferrat était sans doute plus lucide ou plus honnête dans ses engagements, et j'ai d'ailleurs apprécié qu'il dénonce l'intervention des troupes du Pacte de Varsovie à Prague (dans Camarade) ou le fameux "bilan globalement positif" que Georges Marchais fit du communisme en URSS et en Europe centrale.
Je suis triste, ce soir. J'attends un autre jour pour écouter ses chansons.
Je laisse ici, sur ce blog, les extraits de quelques-unes des chansons qu'il a écrites ou chantées, sauf pour Nuit et brouillard, qui avait été déconseillée à la radio – ce qui n'a pas empêché son succès – et que je reproduis intégralement.
NUIT ET BROUILLARD
Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.
Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été.
La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissaient pas de distiller l'espoir.
Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.
Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues.
Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers.
On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare.
Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez.
Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.
JE VOUS AIME (extraits)
Pour la lampe déjà éteinte
et la première de vos plaintes
la porte à peine refermée.
Pour vos dessous qui s'éparpillent
comme des grappes de jonquilles
aux quatre coins du lit semés.
Pour vos yeux de vague mourante,
pour ce désir qui s'impatiente
aux pointes de vos seins levées
Je vous aime, je vous aime.
J'IMAGINE (extraits)
J'imagine
La révolte prêchée par quelque douce femme
Deux mille ans de prison dévorés par les flammes
J'imagine
L'amour faisant l'amour la vie faisant le reste
Une révolution sans un mot sans un geste
Et la grande liberté
Au poing la rose
Et la grande liberté
La rose au poing
Et la grande liberté
La rose au poing.
Et, évidemment, quelques extraits de poèmes d'Aragon que Ferrat mit en musique :
HEUREUX CELUI QUI MEURT D'AIMER (extraits)
Ô mon jardin d'eau fraîche et d'ombre
Ma danse d'être mon cœur sombre
Mon ciel des étoiles sans nombre
Ma barque au loin douce à ramer
Heureux celui qui devient sourd
Au chant s'il n'est de son amour
Aveugle au jour d'après son jour
Ses yeux sur toi seule fermés
Heureux celui qui meurt d'aimer
Heureux celui qui meurt d'aimer.
C'EST SI PEU DIRE QUE JE T'AIME (extraits)
Comme une étoffe déchirée
On vit ensemble séparés
Dans mes bras je te tiens absente
Et la blessure de durer
Faut-il si profond qu'on la sente
Quand le ciel nous est mesuré
C'est si peu dire que je t'aime.
(...)
Lorsque les choses plus ne sont
Qu'un souvenir de leur frisson
Un écho de musique morte
Demeure la douleur du son
Qui plus s'éteint plus devient forte
C'est peu, des mots pour la chanson
C'est si peu dire que je t'aime
Et je n'aurai dit que je t'aime.
LES OISEAUX DÉGUISÉS
Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l'eau
Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu'il voit
Ce qu'il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix
Ses secrets partout qu'il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé
Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l'ai quitté
Et les teintes d'aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d'une nuit d'été
Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s'étonne
Celui qui ne sait plus prier.
Et, pour finir, ces derniers vers du dernier album consacré aux poèmes d'Aragon, où Jean Ferrat chante, la voix un peu éraillée, cet Épilogue. Tout est là.
J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon cœur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre.
01 janvier 2010
Nouvel An
Bilan de l'année 2009 :
- de chrysanthèmes en chrysanthèmes, nos familiers – ceux de K comme les miens – furent en partance... ; inhumations ou crémations rythmèrent l'année ;
- douce période néanmoins, faite de voyages (Naples, Herculanum et Pompéi en février-mars, Londres en août, un nouveau périple italien [Florence, Ferrare, Mantoue, Bologne, Ravenne] en octobre-novembre) que je n'ai guère évoqués ici....;
- car, justement, notre présence se fait de plus en plus discrète et espacée sur GA...
Je cède cependant aux vœux de nouvel an.
23 novembre 2009
Frédéric II de Gonzague attitude
De notre récent séjour à Mantoue, nous avons rapporté ceci : mais, à la différence de Frédéric II, nous ne cherchons pas à avoir les vertus de la salamandre, car il est beau de se tourmenter l'un à propos de l'autre.
Iris
Un nouvel occupant dans mon appartement...










